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Norvège : La superpuissance d’une batterie ?

16 octobre, 2020
Par The Explorer

Beyonder

Avec un gros potentiel d’énergie propre, une industrie manufacturière de classe mondiale et un accès inégalé aux batteries de véhicules électriques usagées, la Norvège ouvre une nouvelle voie vers la production de batteries vertes en Europe.

Les batteries sont la clé de la réduction des émissions générées par le transport et l’industrie. Le Pacte vert pour l’Europe et le Plan d’action économie circulaire de la Commission Européenne s’accordent pour souligner la nécessité de développer une chaîne de valeur durable pour les batteries en Europe.

« L’Asie est actuellement à l’avant-garde en matière de développement et de production de batteries. Si nous voulons que l’industrie automobile européenne reste à la fois compétitive et durable, nous avons besoin d’une indépendance en termes de batteries », déclare Lars Petter Maltby.

Il dirige le Centre d’innovation du Cluster EYDE – le Centre norvégien d’expertise pour une industrie manufacturière durable. Regroupant des poids lourds de l’industrie tels qu’Elkem, Eramet Norway, Glencore Nikkelverk, Norsk Hydro et REC, le cluster EYDE est le fer de lance de l’expansion d’une chaîne de valeur durable pour les batteries en Norvège.

Cet effort vient de recevoir une impulsion majeure avec l’annonce de la création de la première usine de batteries à part entière de Norvège, Morrow Batteries.

« Cela va considérablement renforcer l’écosystème de la batterie en Norvège », déclare M. Maltby.

Le berceau d’une industrie manufacturière de classe mondiale

M. Maltby considère qu’il existe de bonnes raisons pour que la Norvège puisse jouer un rôle important dans une chaîne de valeur européenne pour les batteries.

« Parce qu’ici pratiquement toute l’énergie provient de sources renouvelables, les matériaux transformés fabriqués en Norvège ont l’une des empreintes écologiques les plus faibles au monde. »

Lars Petter Maltby, PDG, EYDE Innovation Centre

« La production de batteries est très énergivore et convient donc parfaitement aux sites ayant facilement accès à des énergies renouvelables abordables. »

Il fait également observer que l’industrie norvégienne produit d’importantes quantités d’aluminium et de silicium, en plus de son activité de raffinage du nickel, du cobalt, du graphite et du cuivre – autant de matériaux importants dans la production de batteries.

« Nous produisons déjà bon nombre des matériaux qui entrent dans la composition des batteries Lithium-Ion. Les entreprises norvégiennes se spécialisent dans la fourniture de matériaux haut de gamme qui doivent satisfaire à des critères de qualité spécifiques. Cela a généré une forte concentration de connaissances et de compétences dans le traitement des matériaux au sein de l’industrie norvégienne », explique M. Maltby.

Eramet Norway exploite l’un des processus les plus propres au monde pour la production des alliages de manganèse.

Opportunités de croissance

Nora Rosenberg Grobæk, responsable du développement de la proposition de valeur norvégienne pour les batteries chez Invest in Norway, estime que l’industrie norvégienne des batteries est sur le point de connaître une croissance quasi astronomique.

« La Banque européenne d’investissement (BEI) s’attend à ce que les investissements atteignent 1 milliard d’EUR cette année. Nous voyons beaucoup d’activité et d’intérêt dans ce domaine, également de la part d’investisseurs et de clients étrangers. Le profil durable de la Norvège et notre marché mature pour les véhicules électriques et l’électrification en général sont des arguments de vente importants dans ce contexte. »

Invitée à identifier les plus grandes opportunités en termes de croissance et d’investissement, elle évoque quatre domaines :

« Avec une industrie manufacturière de calibre mondial, la production de matériaux précurseurs en Norvège offre un grand potentiel : la préparation des métaux qui doivent être transformés avant d’entrer dans la composition des batteries. Nous avons un niveau élevé de compétence et d’expertise, et les acteurs de l’industrie norvégienne sont connus pour être à la fois innovants et efficaces pour fournir des produits de haute qualité. »

« Il existe en outre des possibilités pour établir ici le développement et la production des éléments de batterie. De jeunes entreprises montantes telles que Freyr et Beyonder, ainsi que la toute nouvelle Morrow Batteries, montrent que c’est possible. Il faut également considérer le côté technologique des choses : La Norvège est le berceau de l’évolution en termes de navires autonomes et de transport maritime renouvelable. Enfin, je pense qu’il existe un grand potentiel industriel dans le recyclage et la réutilisation des batteries en Norvège. »

Mechatronics Innovation Lab est spécialisé dans les essais pilotes et la qualification de la mécatronique pour les industries de la fabrication et du traitement des matériaux.

Pionniers de l’innovation circulaire

Le dernier point évoqué par Mme Grobæk est particulièrement important. En termes de durabilité, la durée de vie d’une batterie est tout aussi vitale que les méthodes de production. Le Pacte vert pour l’Europe stipule que la production des batteries doit être circulaire, ce qui signifie que les batteries d’aujourd’hui doivent littéralement être utilisées pour fabriquer les batteries de demain.

Le recyclage des batteries est toutefois une tâche difficile. M. Maltby du Cluster EYDE explique :

« Extraire et réutiliser les matériaux des batteries de véhicules électriques est un processus techniquement complexe. Cela ne veut pas dire que c’est impossible – le recyclage complet des batteries Lithium-Ion existe déjà aujourd’hui. Mais nous devons encore affiner les méthodes pour le rendre plus rentable. »

Il peut également annoncer des développements très prometteurs dans ce domaine.

« Nous avons LIBRES, dont l’objectif est de développer et d’améliorer les solutions pour le recyclage des batteries. Il s’agit d’une collaboration entre l’industrie, dirigée par le producteur norvégien d’aluminium Norsk Hydro, et les instituts de recherche norvégiens et allemands. Il y a aussi le projet BATMAN, dans le cadre duquel nous examinons de près l’utilisation et la durée de vie des matériaux ainsi que les opportunités norvégiennes qui se présentent à mesure que la chaîne de valeur du recyclage des batteries gagne en maturité. »

Norsk Hydro produit de l’aluminium à faible émission de carbone – un matériau important dans la production des batteries.

Une perspective européenne

Bien que la Norvège ne soit pas un État membre de l’UE, elle est pleinement intégrée dans l’économie de l’UE par le biais de la Convention EEE. Cela signifie qu’il n’y a aucun obstacle au déplacement des matériaux, des capitaux, de la technologie et des employés entre la Norvège et l’UE, de sorte que l’industrie norvégienne est en mesure de contribuer directement à une chaîne de valeur européenne pour les batteries.

C’est une opportunité que M. Maltby est impatient de saisir. Et avec la plus forte proportion de véhicules électriques au monde, la Norvège pourrait développer son rôle de laboratoire pour la production circulaire de batteries.

« Le fait que nous ayons facilement accès à un grand volume de batteries de voitures usagées fait de la Norvège un endroit idéal pour développer des technologies et des modèles d’affaires pour le recyclage des batteries. »

Il est convaincu que l’industrie norvégienne est à la hauteur de la tâche.

« Il y a quelques questions d’ordre réglementaire à régler, surtout en ce qui concerne l’entreposage, le transport et le traitement des anciennes batteries. Et nous devons accroître la collaboration et la coopération au sein de l’industrie manufacturière norvégienne, ce que nous essayons de faire au sein du Cluster EYDE. »

« Il y a là une certaine urgence – nous avons une opportunité unique, mais elle ne durera pas éternellement », conclut M. Maltby.